Les dirigeants courageux existent-ils vraiment ?
Dans le discours managérial contemporain, le courage est devenu un mot-valise. On l’utilise pour qualifier des décisions audacieuses, des prises de parole visibles ou des ruptures stratégiques spectaculaires. Pourtant, courage et audace ne recouvrent pas la même réalité.
Le courage n’est pas ce que l’on croit
L’audace consiste à sortir de la norme. Elle interroge les usages, bouscule les conventions, provoque parfois. Elle est souvent sociale, visible, décalée. L’audace s’inscrit dans un rapport à l’extérieur : au marché, aux codes, au regard des autres.
Le courage, lui, implique une mise en danger réelle. Un saut vers l’inconnu susceptible d’affecter l’intégrité de la personne ou celle de l’organisation. Il engage une perte possible : de statut, de sécurité, de reconnaissance, parfois même de sens.
Là où l’audace s’évalue en termes d’originalité, le courage s’évalue en termes de risque existentiel. C’est précisément pour cette raison que le courage est une notion profondément ambiguë car personnelle.
Le courage comme illusion individuelle
Le courage n’est pas une valeur universelle. Il n’existe pas de référentiel commun permettant de qualifier objectivement une décision de courageuse. Ce qui constitue un acte de courage pour un dirigeant peut apparaître comme une évidence pour un autre, ou comme une imprudence pour un troisième.
Cette relativité révèle une chose essentielle : le courage n’est pas d’abord stratégique. Il est intime. Il est lié à une quête personnelle, à une trajectoire, à une histoire. On ne décide pas courageusement parce qu’un plan l’exige, mais parce qu’un équilibre intérieur nous anime. Une quête, un besoin, une fuite, une lutte.
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